Petits ponts, passements de jambes, doubles contacts, vista exceptionnelle, le Vélodrome et la défense marseillaise en ont vu de toutes les couleurs avec Youssef El Arabi, le milieu offensif du Stade Malherbe de Caen. Dire que le numéro 15 bas-normand a failli laisser le football au profit du futsal, d'où sa technique phénoménale. Portrait du monsieur Plus de Malherbe.
Un parcours semé d'embûches
Youssef El Arabi, originaire d'Hérouville dans la banlieue de Caen, a toujours baigné dans la culture football. Dans une ville largement portée sur ce sport, il s'épanouit et tape très vite dans l'oeil des recruteurs du club phare de la région, le Stade Malherbe de Caen. Il intègre le centre de formation caennais mais ne sera pas conservé. Des problèmes de comportements et de sérieux gâcheront le parcours de ce jeune prometteur. Il n'était pas parvenu à acquérir les valeurs fondamentales du footballeur, le travail et l'humilité. Thierry Traoré, son entraîneur de l'époque revient sur son éviction : "Il ne correspondait pas à ce qu'un club pro recherchait en termes de rigueur, d'implication et de discipline." El Arabi retourne à Hérouville et est très vite engagé par un club réputé pour être un véritable vivier pour Caen, il s'agit de Mondeville, qui évolue en CFA2. Durant trois saisons, il apprend les gammes et intègre enfin les valeurs qui sont fondamentales s'il veut évoluer au plus haut niveau. Il est tout logiquement rappelé par le SM Caen. Il est tout d'abord préposé à la réserve où il fait étalage de toute sa technique. Le joueur de 23 ans fait aussi partie de l'Equipe de France de Futsal. Ne lui demandez pas d'où vient sa technique extraordinaire... Sous les ordres de Sébastien Bannier, il forme une excellente équipe avec les joueurs qui font partie de l'effectif pro aujourd'hui, comme Sambou Yatabaré, Thomas Heurtaux ou bien Livio Nabab. Franck Dumas n'hésite pas une seule seconde pour le lancer dans le grand bain de la Ligue 1. Lors d'une saison 2008/2009, qui marquera (dans le mauvais sens du terme) tout le club caennais.

La Ligue 2 : Le grand tremplin
Le Franco-Marocain joue son premier match en pro face à Lyon, le 20 décembre 2008. Il effectuera trois rentrées durant la saison 2008/2009, qui voit le Stade Malherbe de Caen promis à un maintien tranquille voir mieux, à descendre à l'échelon inférieur. Les gros salaires et les "stars" malherbistes s'en vont (Savidan, Gomis, Ben Khalfallah..). Franck Dumas, le coach caennais va donc recruter Traoré en attaque et décide de faire confiance à ses jeunes dont El Arabi. Lors de sa première rentrée en Ligue 2, l'ex mondevillais inscrit un but important pour une victoire caennaise à Bastia (2-1). Un but qui permet surtout aux joueurs normands de prendre confiance dans ce début de championnat où les résultats sont au rendez-vous. Très vite, il se fait une place au sein du 11 caennais, reléguant Julien Toudic, sur le banc. Le numéro 15 bas-normand devient indispensable dans le collectif caennais. Il termine meilleur buteur du club avec 11 buts et distille 8 passes décisives. Des statistiques sensationnelles pour une première saison. Il est l'un des grands artisans de la nouvelle remontée caennaise dans l'élite du football français. Franck Dumas décide d'en faire son leader pour la saison à venir en Ligue 1. Un choix étonnant que certains critiqueront. Pendant que d'autres recruter à foison, les dirigeants bas-normands décident de miser sur la stabilité et sur le centre de formation caennais, réputé pour sortir des bons joueurs (Rothen, Bodmer, Gouffran...).
Ligue2/Ligue 1 : Un fossé rapidement écarté
"C'est un joueur de grande qualité, il progresse vite. J'avais une interrogation par rapport au niveau de la Ligue 1." Comme le souligne parfaitement Franck Dumas, on entend souvent parler de ce fossé qui existe entre une Ligue 2, plus basée sur le combat physique et les duels, et une Ligue 1 plus technique qui ne pardonne aucune erreur, aucun déchets. Le moins que l'on puisse dire, ce que le leader de l'attaque caennaise va s'acclimater très rapidement face à une équipe de l'OM, certes diminuée, mais qui se devait de s'imposer face à Caen. Faisant parler à merveille sa technique, son intelligence de jeu, il a épaté et fait taire un Vélodrome qui en a gardé sous la pédale pour conspuer ses joueurs. Dimanche, c'était la grande première du Stade Malherbe à domicile face à Lyon, pour un match de gala. Youssef El Arabi était bien sûr aligné à la pointe de l'attaque malherbiste. Et il n'a pas attendu pour s'illustrer : sur la première récupération normande, il se présentait tout seul devant Lloris pour marquer un but plein de sang froid et de talent. Réalisant ensuite une passe décisive, il a tout simplement confirmé les prémisses d'un début prometteur. Le chouchou de d'Ornano, c'est lui. Cultivant avec fierté son attachement à la région normande, il est apprécié pour sa discrétion et son état d'esprit. Le natif de Caen aura à coeur de confirmer son début de saison étonnant. Étonnant tout comme les six points acquis par le Stade Malherbe au bout de deux journée où on leur promettait un zéro pointé. Étonnant comme la deuxième place, certes anecdotique mais hautement symbolique d'un club qui mérite la Ligue 1, une fois pour toute. Caen est réellement le tube de cet été et El Arabi en est l'un des acteurs majeurs. Certainement aligné face à Montpellier, le numéro 15 normand voudra encore confirmer ce qui n'est plus une révélation. Il a également prolongé son contrat jusqu'en 2013 son bail au sein du club caennais. Une prolongation agrémentée d'une clause libératoire non fixée. Ce qui donnera la main à Caen en cas d'offres pour s'attacher les services de son joueur. Excellent dans chaque prise de balle, ayant une technique exceptionnelle, une intelligence de jeu détonnante, ne rechignant pas au repli défensif, Youssef possède toutes les qualités requises du buteur, du meneur de jeu et surtout du joueur d'équipe. Un joueur capable de briller et de faire briller les autres. C'est aussi ça la qualité des grands...
Christopher Lecoq


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